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Innovation

Le verre, un facilitateur majeur de la transition énergétique

En collaboration avec
Davide Cappellino, PRÉSIDENT D’AGC GLASS EUROPE
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Davide Cappellino, PRÉSIDENT D’AGC GLASS EUROPE

Alors que l’Europe s’est fixé des objectifs climatiques ambitieux pour 2030 et 2050, le secteur de la construction se retrouve sous les projecteurs. Davide Cappellino, Président d’AGC Glass Europe, nous explique comment l’innovation technologique dans le vitrage est devenue l’un des principaux leviers de la décarbonation du Vieux Continent. En même temps, il alerte sur les défis économiques majeurs qui pèsent sur l’industrie européenne.

Le bâtiment, l’angle mort de la lutte climatique

Lorsqu’on évoque les émissions de CO2, l’attention se porte souvent sur l’industrie lourde ou l’automobile. Pourtant, les chiffres cités par Davide Cappellino sont sans appel : « L’industrie représente environ 20-21 % des émissions en Europe, tandis que le secteur du bâtiment, la construction et la gestion des bâtiments, pèsent pour 40 % de la consommation énergétique de l’UE et 36 % des émissions de gaz à effet de serre. » Pour le patron d’AGC Glass Europe, il est illusoire de viser le « zéro émission » sans s’attaquer prioritairement à l’efficacité énergétique des édifices.

«  Le verre ne doit plus être vu comme un simple matériau de remplissage, mais comme un acteur technologique capable de réguler le chauffage, l’éclairage et la climatisation », poursuit-il. Selon les données de Glass for Europe, l’installation de vitrages performants à travers l’UE pourrait réduire les émissions de CO2 de quelques 100 millions de tonnes par an d’ici à 2030. « Le verre est un véritable facilitateur. L’inefficacité actuelle des bâtiments est directement liée à des performances thermiques non optimales. »

Fineo, la rupture technologique du vide

L’une des innovations phares portées par AGC Glass Europe depuis son siège de Louvain-la-Neuve est le vitrage Fineo. « Ce produit représente une rupture technologique majeure. Habituellement, pour atteindre une isolation de haut niveau, il faut recourir au triple vitrage, dont l’épaisseur avoisine les 40 millimètres. Grâce à une technologie de vide parfait de 0,1 mm entre deux feuilles de verre, Fineo atteint les mêmes performances avec seulement 7 à 8 mm d’épaisseur », détaille notre interlocuteur.

« Cela permet de rendre efficaces des bâtiments anciens ou classés, comme ceux du centre historique de Bruxelles, sans en changer l’apparence ni les châssis », explique-t-il. «  Ce verre ‘Made in Belgium’, produit à Lodelinsart, offre une solution concrète pour le segment massif de la rénovation historique en Europe. Ici, les solutions classiques étaient techniquement incompatibles. »

Malgré les turbulences géopolitiques et le coût de l’énergie, Davide Cappellino reste convaincu que le verre est le matériau de demain.

Le défi du projet Volta : décarboner la production

Si le verre aide à réduire les émissions des bâtiments, sa production reste toutefois énergivore. «  Pour fondre le verre à 1.600 degrés, l’industrie a historiquement compté sur les énergies fossiles. Aujourd’hui, AGC Glass Europe consacre 50 % de son budget recherche et développement à la décarbonation de ses procédés. »

Le projet Volta en est l’illustration la plus avancée. En collaboration avec son concurrent Saint-Gobain – signe de l’urgence du défi – et co-financé par l’Innovation Fund de l’Union européenne, AGC Glass Europe a lancé une ligne pilote en République tchèque. « Ce four hybride utilise plus de 50 % d’électricité renouvelable, ce qui permet de réduire de 75 % les émissions directes de CO2. Plus globalement, nous explorons toutes les pistes : l’électrification, l’hydrogène, la capture de carbone et l’économie circulaire via l’utilisation accrue de calcin (verre recyclé). En privilégiant l’utilisation du calcin, AGC réduit sa dépendance aux matières premières », précise Davide Cappellino.

Un cri d’alarme sur la compétitivité européenne

Cependant, cette transition technologique se heurte à une réalité économique brutale. « Toutes les technologies de décarbonation reposent sur l’électricité. Or, en Europe, et plus encore en Wallonie, le prix de l’électricité n’est pas compétitif par rapport à la Chine ou aux États-Unis », prévient le président.

Sous sa stratégie « Lead The Way », AGC Glass Europe investit massivement, mais Davide Cappellino interpelle les politiques : « Il est irresponsable d’augmenter la taxation sur le carbone sans offrir à l’industrie les moyens de sa transition.  » Le risque  ? «  Une désindustrialisation au profit de pays où l’énergie est moins chère, mais la production plus polluante. On ne peut pas rêver de garder l’industrie en Europe si on n’a pas accès à une électricité compétitive. » Le président plaide dès lors pour une protection du marché européen face aux importations à haute empreinte carbone. « Si nous croyons en nos valeurs environnementales, il faut une reconnaissance économique de la production bas carbone européenne. »

Malgré les turbulences géopolitiques et le coût de l’énergie, Davide Cappellino reste convaincu que le verre est le matériau de demain. «  Avec plus de deux millénaires d’histoire, il ne cesse de se réinventer pour devenir une paroi active, isolante et durable. Pour AGC Glass Europe, l’objectif reste clair : transformer l’industrie pour que le verre continue de bâtir une société transparente, esthétique et, surtout, neutre en carbone. Mais pour y parvenir, l’innovation technologique devra impérativement s’accompagner d’un soutien politique et tarifaire à la hauteur des enjeux », conclut-il.

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