En 2026, un quart des postes de raccordement wallons sont saturés. Autrement dit, aucune nouvelle demande de raccordement n’y est techniquement possible. L’essor des bornes de recharge rapide, la multiplication des centres de données et l’électrification des usages provoquent une hausse rapide et exponentielle des pointes de consommation. Et ce phénomène ne fait que commencer.

Renaud Dachouffe
ENERGY TOPIC LEADER, CLUSTER TWEED
À l’horizon 2030, jusqu’à 75 % des postes pourraient être saturés, avec à la clé de lourdes conséquences socio-économiques. La Wallonie entre de plain-pied dans une nouvelle crise énergétique.
L’énergie s’impose plus que jamais comme une préoccupation centrale. Non seulement pour les responsables politiques et les gestionnaires de réseau, mais aussi – et surtout – pour les acteurs de terrain comme certaines agences de développement territoriales. Ces derniers tirent une sonnette d’alarme inédite : dans certains business parks, toutes les capacités d’accueil sont déjà atteintes. Il n’est plus possible de raccorder quoi/qui que ce soit. Face à cette réalité, la recherche de solutions devient urgente.
L’innovation dans le domaine de l’énergie apparaît comme l’un des leviers les plus puissants à disposition de la Wallonie.
La Wallonie dispose heureusement d’un atout majeur : son écosystème d’innovation et son expertise de pointe dans le domaine énergétique. Sur ce terrain, le Cluster TWEED joue un rôle clé. En plus d’animer l’écosystème Wall4GRiD qui réunit experts et industriels des réseaux, il supporte un portfolio des compétences R&D&I réunies autour de la thématique, dans le cadre de la « stratégie S3 » de la recherche wallonne en place depuis 2021 : les projets et acteurs majeurs de l’innovation énergétique sont répertoriés sur www.rewan.be.
L’innovation en matière de congestion du réseau se situe souvent à un niveau de maturité technologique très proche du marché, ce qui permet une mise en œuvre rapide.
Parmi les exemples concrets, citons le pilote de marché de flexibilité locale d’ORES, un mécanisme qui vise à réduire les pointes locales en rémunérant soit une augmentation temporaire d’injection renouvelable, soit un effacement volontaire de consommation. Une première au niveau local, et une piste prometteuse, à condition que les entreprises s’approprient la valeur stratégique de la flexibilité.
Autre innovation structurante : la gestion intelligente des batteries. Leur smartisation permettra non seulement de renforcer la souveraineté énergétique wallonne, mais aussi d’absorber les pics de demandes sur le réseau, avec un cadre tarifaire adapté. Un élément essentiel pour concilier développement des énergies renouvelables et contraintes de capacité.
Et c’est loin d’être terminé : selon le rapport « Prospects for innovative power grid technologies » de Compass-LexEcon, les nouvelles technologies d’optimisation du réseau peuvent augmenter de 20 à 40% la capacité d’accueil du réseau. L’innovation dans le domaine de l’énergie apparaît ainsi comme l’un des leviers les plus puissants à disposition de la Wallonie. Elle permet d’accélérer la mise sur le marché de solutions concrètes, locales, et capables de contribuer simultanément aux objectifs climatiques et au désengorgement du réseau à coûts limités.