Home » Environmental Management » Construire durable : bien plus qu’une question de moyens techniques
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Annekatrien Verdickt

Associée

Architectuurplatform Terwecoren Verdickt

Piotr Kowalski

Associé

MK Engineering

Construire « durable » n’est pas seulement une question de moyens techniques hyper performants. D’autres critères essentiels sont à prendre en compte. Le point de vue d’Annekatrien Verdickt, Associée chez Architectuurplatform Terwecoren Verdickt, et de Piotr Kowalski, Associé au bureau d’études MK Engineering.

En matière d’énergie, quelle approche privilégiez-vous pour les entreprises ?

Annekatrien Verdickt : « L’approche de notre bureau d’architecture est holistique et se focalise sur les 5P qui sont place, people, planet, prosperity et progress. Place : par exemple, l’implantation d’un bâtiment est aussi importante que sa performance énergétique. S’il est éloigné et non accessible en transports en commun, on génère du trafic et donc de l’énergie. People : dans un bâtiment bien conçu, les gens se sentent bien et l’utilisent de façon optimale ; à l’inverse, un bâtiment non confortable et non adapté aux besoins ne survivra pas longtemps. Planet : cela concerne la performance énergétique, les déchets, les matériaux circulaires, etc. Prosperity : il s’agit du coût économique, dans lequel la performance énergétique du bâtiment (PEB) occupe une place prépondérante. Progress : L’ambition de concevoir un bâtiment exemplaire et innovateur dans tous ces aspects. »

Piotr Kowalski : « Du point de vue des normes réglementaires, Bruxelles fait partie du peloton de tête de l’Union européenne en matière d’exigences énergétiques. Si une entreprise désire se démarquer, elle peut s’intégrer dans les nouvelles pistes que sont l’économie circulaire et les différents labels environnementaux. Pour atteindre les critères de ces labels, il y a toutes sortes de solutions, qui n’imposent pas toujours de surinvestissements importants, surtout si le projet est bien pensé en amont. »

Le Village de la Construction du Port de Bruxelles, 3 entrepôts bâtis le long du canal. – crédit : Architectuurplatform

Pouvez-vous illustrer cela par un exemple ?

P. K. : « Je vais illustrer cela avec un exemple qui dépasse le seul cadre énergétique : afin de protéger les réseaux d’égouttage de la saturation et donc des inondations, il est obligatoire de respecter des volumes règlementaires de bassins d’orage. Pourquoi ne pas utiliser le budget de ces infrastructures, qui sont généralement des ouvrages enterrés, pour le convertir en budget d’aménagement paysager en créant des surfaces humides hors sol ? En cas de forte pluie, elles servent de bassin d’orage et, par la même occasion, recréent de la biodiversité tout en améliorant la qualité esthétique des abords du projet. »

En dépit de projets bien pensés, certains bâtiments présentent un écart de performance énergétique. Autrement dit, les valeurs prévues sont loin d’être atteintes dans la pratique. À quoi est-ce dû ?

A. V. : « Une collaboration intelligente entre un maître d’ouvrage ouvert et un bon architecte garantit des bâtiments performants, flexibles, agréables, conçus sur le long terme et utilisés de façon optimale. C’est à l’architecte de poser les bonnes questions pour trouver les solutions les mieux adaptées au client, à son budget et à l’endroit. C’est au maître d’ouvrage d’être ambitieux, visionnaire et de prendre les bonnes décisions. Et parfois, la solution est même de construire moins. »

Les techniques évoluant constamment, les bâtiments deviendront de plus en plus intelligents et performants.

P. K. : « Lorsqu’on estime les consommations futures, on se base sur des scénarios théoriques standardisés. Il est difficile d’anticiper la part importante que l’occupant aura sur son bâtiment. Il lui est alors possible d’améliorer ou, au contraire, de dégrader le comportement effectif de son bâtiment. Il est donc central que l’exploitant mette en place une gestion proactive de son bâtiment, avec un suivi des performances et de la maintenance. Dans tous les cas, le monitoring est la première étape indispensable à tout processus d’optimisation des performances énergétiques mais aussi d’amélioration du confort intérieur. »

Les bâtiments intelligents sont néanmoins performants…

A. V. : « Les techniques évoluant constamment, les bâtiments deviendront de plus en plus intelligents et performants. En termes de consommation d’énergie mais aussi en fonction des besoins, des comportements, du confort, des habitudes, etc., des utilisateurs. Ici aussi, en sus de la technique, l’architecte aura toujours une mission essentielle afin d’articuler les défis climatiques et de les retranscrire dans les bâtiments en gardant un esprit critique. »

P. K. : « Il existe en effet toute une panoplie de solutions intéressantes que nous appliquons et qui peuvent améliorer les performances environnementales dans les bâtiments dits intelligents. Il faut toutefois veiller à ce que ces solutions ne complexifient pas leur usage : on peut vite perdre la maîtrise de son bâtiment et on est alors obligé de faire appel à des compétences spécialisées… pour des problèmes finalement très simples ! Par ailleurs, il faut être attentif à l’obsolescence de certains systèmes et choisir ceux qui s’inscrivent dans une vision de résilience et de long terme. Enfin, il doit également y avoir une transmission de l’information entre les concepteurs/constructeurs et l’exploitant. C’est sans doute dans l’humain que l’investissement durable reste le plus intéressant ! »

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